2- Sans-papières, Frontières, a) MODES D’ORGANISATION, f) XENOPHOBIE, NATIONALISME, Groupes et actions féministes, j) ETAT, Police, Fichage

Contre la double peine infligée aux femmes appauvries, aux femmes migrantes et en exil, aux femmes Rroms (par Les Lutheuses de Rrue et d’autres, france, septembre 2011)

Contre la double peine infligée aux femmes appauvries, aux femmes migrantes et en exil, aux femmes Rroms (par Les Lutheuses de Rrue et d’autres, france, septembre 2011)

Contre la double peine infligée aux femmes appauvries, aux femmes migrantes et en exil, aux femmes Rroms,
par Les Lutheuses de Rrue et d’autres

france, septembre 2011

* source de l’article : http://prisesdepensee.over-blog.com/article-xoli-ada-tetrajes-temanges-85211715.html

* aller sur le blog http://prisesdepensee.over-blog.com

* lire aussi l’article Leur liberté est la nôtre, notre liberté est la leur. C’est un appel à un rassemblement féministe anti-raciste non mixte, voisinant d’autres rassemblements solidaires, devant le tribunal de Bobigny le 17 octobre 2011 dès 12h30. Ce rassemblement est en soutient à 2 femmes Rroms Roumaines interpellées alors qu’elles faisaient la manche en Seine-Saint-Denis, elles sont poursuivies pour « défaut de soins » à leurs enfants du fait de mendicité. Elles risquent sept ans d’emprisonnement et 100.000 euros d’amende.

Contre la double peine infligée aux femmes appauvries, aux femmes migrantes et en exil, aux femmes Rroms

Aujourd’hui, les femmes représentent près de la moitié des migrants internationaux dans le monde. Dans les combats féministes anticapitalistes et antiracistes qui sont les nôtres nous voulons dénoncer et contrer les manœuvres gouvernementales visant à rendre invisibles l’oppression et la lutte au quotidien des travailleuses migrantes appauvries. Nous luttons avec elles contre la chasse qui est faite à leurs peuples, nos combats visent les violences qui nous sont faites à toutes.
Les Rroms pauvres sont visés comme l’ennemi intérieur par les gouvernements européens – Les femmes Rroms pauvres et appauvries sont les plus exposées dans cette chasse organisée. Contraintes à mendier le droit à l’existence pour elles et les leurs, elles deviennent dans les rues des villes européennes le signe trop visible d’une disparition programmée. Elles sont les garantes de la langue Romani, des traditions, de la sécurité et de l’éducation des enfants, des repas et de la viabilité des cabanes malgré la précarité des lieux où elles vivent, et pourtant leurs besoins et leurs contributions ne sont jamais pris en compte par les études, les gouvernements, les médias – même pour celles qui réussissent à s’inscrire dans une vie professionnelle.
Elles résistent au refus délibéré qu’oppose l’Europe aux Rroms, aux Rroms migrants, comme aux migrants transcontinentaux et européens dès lors qu’ils ne sont pas suffisamment riches, ou suffisamment exploitables immédiatement pour tel ou tel labeur de construction, de nettoyage, de sécurité, de travail domestique… Cette résistance n’est reconnue que par leurs amiEs politiques, les médias parlent d’elles comme victimes ou comme délinquantes.

« Prenez-moi tout mais laissez-moi l’extase et je serai plus riche que mes semblables. »
Emily Dickinson

Elles mendient pour résister à la famine dont les dirigeants veulent masquer l’existence en France, pour résister à l’humiliation plus grande encore de n’être admise nulle part. Leurs compétences sont niées – et même le travail domestique souvent seul ou premier accordé aux femmes migrantes (et évidement le travail non-domestique) leur est refusé. Comme pour nous touTEs la déferlante de la dette aggravent la situation sociale des peuples, des femmes en particulier.
La discrimination dans l’exercice des Droits Fondamentaux que sont le droit à l’éducation, à l’emploi, à la santé se double de la violence institutionnelle ou privée faite aux femmes : garderies inaccessibles, stérilisations forcées, mariages précoces, avortements nombreux, dangers de la rue, viols…

Si les démarches administratives sont lourdes pour toutes, elles deviennent carrément kafkaïennes, lorsqu’une femme Rrom vivant en campement ou en squat veut inscrire ses enfants à l’école de la République, et ce en dépit de la loi – les démarches durent des semaines sous prétexte d’adresse, d’illégalité, de papiers demandés plusieurs fois, d’obstacles faits par les services responsables, de manque de traducteurs – quant aux formations qu’elles peuvent souhaiter, les obstacles sont encore plus lourds. Rien n’est prévu malgré les directives européennes concernant les Rroms depuis 15 ans, malgré la protestation de Viviane Reding, et malgré les objectifs de l’UE pour 2020. Des associations, des travailleurs sociaux tentent de remédier à cette situation mais favorisent – même malgré eux – la dépendance où elles sont du fait de lois injustes et de non applications de lois citoyennes.

En France la ségrégation est organisée. Une responsable de la mission Rrom chez MDM, se souvient de son arrivée en région parisienne :
« Sur un terrain Rrom, une femme me demande de lui traduire les papiers que lui a fournis le centre de santé où elle s’est rendue, enceinte, redoutant une fausse couche. Je lui traduis qu’il s’agit d’un rendez-vous pour une IVG. C’était terrible : la femme n’avait jamais demandé à avorter mais seulement voulu s’assurer, en consultant, que le bébé allait bien. A quelques heures près, elle avortait malgré elle. Il y a de nombreux cas de ségrégation dans les maternités de leur pays d’origine, des femmes Rroms sont décédées avec leur nouveau-né faute de soins appropriés. C’est une discrimination à la fois sociale et ethnique : une femme Rrom pauvre se retrouve dans une chambre à part avec les autres patientes de sa communauté, négligées.  » En France, le 22 Aout, suite à son internement en centre de rétention à Lille une femme de Clermont-Ferrand a accouché bien avant terme ( 5 mois) d’un enfant qui n’a pas survécu.
Le gouvernement français ne devrait-il pas être poursuivi pour non-assistance à personne en danger et mise en péril de la santé d’autrui et exploitation de la mendicité ? : l’ Article 225-12-7 du code pénal contre l’ « exploitation de la mendicité d’autrui » – punie de dix ans d’emprisonnement et de 1 500 000 Euros d’amende lorsqu’elle est commise en bande organisée  » désigne en effet en premier lieu cet état et la loi des marchés qui ne permet pas d’autre forme de revenus aux Rroms démuniEs, utilise et exploite de surcroit la situation qui leur est faite pour accélérer sa politique répressive, masquer son incompétence et ses intérêts, en trouvant des boucs émissaires…

Cette exclusion les met dans un nulle part, en étau dans l’articulation des rapports sociaux de sexe, classe et race.
Les hommes occupés sur les marchés, à la ferraille, à trouver des petits chantiers, dévalorisés eux aussi, tiennent – comme les hommes du Nord et d’ailleurs – au règne du patriarcat qui leur assure vivre, couvert, ménage, domination en tenant les femmes comme gardiennes et garantes de soins et de revenus quotidiens.
Dans le cadre de la mondialisation néolibérale, les Rroms sont le Sud de l’intérieur de l’Europe, contraints à la migration, aux allers retours incessants du fait de la loi sur le travail « des 3 mois ».
En Roumanie aussi, au premier rang des victimes du racisme et de la ségrégation : les femmes. Pourtant ce sont elles qui sont le plus en contact avec les autorités et l’administration parce qu’elles sont mères, elles doivent se rendre dans les mairies, les écoles ou les hôpitaux. Beaucoup voudraient trouver un emploi, mais la plupart travaillent au noir ou dans le business familial, dans la vente de fleurs par exemple.
Le discours de Grenoble et la circulaire anti-Rroms du 5 août 2010, puis C. Guéant annonçant une fois de plus de « nouvelles » mesures contre la « délinquance des mineurs roumains ».
Le virtuel de la dette paupérise et affame actuellement en Europe et sur tous les continents, des femmes et des peuples qui rencontrent de plus des lois discriminatoires et des impasses administratives absurdes. La fermeture à Paris dernièrement du seul centre d’hébergement d’urgence pour les femmes isolées renforce les dangers de la rue et démontre le peu de cas fait de ces femmes.
La montée en Europe de mouvements d’extrême-droite très agressifs envers les Rroms, en particulier en Hongrie et en Roumanie, ne laissent pas penser que les expulsions du territoire à coup d’OQTF sont sans risque pour les populations ainsi reconduites par « la politique du chiffre » du ministère de l’immigration – « La Roumanie n’est pas Auschwitz mais ici c’est déjà Vichy »
La séparation arbitraire de familles par la police française, lors des expulsions répétées et catastrophiques de campements, la destructions de leurs biens, les tramways de la honte, leur mise à la rue et à l’éviction même de la rue, lors d’arrestations pour délit de faciès, pour vente à la sauvette, mendicité avec placement abusif des enfants, accusations répétées et sans fondement de vols… sont des atteintes à ce qui structure et permet aux femmes, aux enfants et aux hommes de maintenir des lieux de vie et une liberté – liberté citée en exergue de toute œuvre reconnue inspirée de la culture Rrom mais déniée aux gens qui l’inspirent et la jouent.

Poursuivons nos luttes contre les violences faites aux femmes, pour nos amours et nos vies, portons nos luttes communes. Il y a lieu d’être en non-mixité, il y a lieu de métisser nos luttes, d’oser des alliances inter-luttes fortes, mixtes et non-mixtes.

« If I can’t dance, I don’t want your revolution » [= « Si je ne peux pas danser, je ne veux pas de votre révolution »]

Emma Goldman

Dans les situations graves et urgentes trop de divisions des luttes poussent des militantEs solidaires à secondariser la question spécifique des femmes alors qu’elle est là, comme ailleurs, fondamentale. Cela contribue à ne pas entendre le silence imposé en silence à l’expression de la volonté des femmes. Trop peu de féministes organisées manifestent leur solidarité avec les femmes Rroms des campements. La difficulté de franchir la porte des ghettos, l’obstacle fréquent de la langue, la violence policière lors des expulsions, se renforcent même pour leurs voisinEs d’une vision trop hâtive de tribus, du fait d’un attachement intrafamilial trop souvent interprété comme mafieux.

« Nos visions commencent avec nos désirs »

Audre Lorde

La famille élargie représente en effet une possibilité de continuer à vivre dans les situations mises en place par les politiques des gouvernements européens. La rumeur d’un machisme Rrom, (ou musulman ou…) qui serait d’une autre nature que le machisme à la française est une attaque raciste qu’il nous faut combattre. L’appropriation des femmes, fondement de la réorganisation des arrangements financiers et familiaux, nationaux et internationaux oblige à un repli face au racisme d’état. Ces familles, comme la plupart, vivent sous le régime d’un patriarcat que ne viennent pas tempérer les accommodations cosmétiques des sociétés occidentales.

Nous refusons de nous soumettre aux amalgames construits par le discours ambiant, l’exaspération des préjugés qui ont toujours accompagnés les peuples migrants et particulièrement les Rroms, plus encore lorsque ces amalgames risquent de nous faire oublier que les femmes Rroms sont des femmes, qui espèrent, luttent, désirent, agissent.

Leur liberté est la notre
Notre liberté est la leur

Les Lutheuses de Rrue et d’autres

voir aussi :

http://www.tsiganes-nomades-un-malentendu-europeen.com/index.php?option=com_content&view=article&id=64:appel-a-une-pride-europeenne-pour-les-roms-1102011&catid=6:actualites

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