Autonomie féministe

Des All–Women Bands aux Riot Grrrls

Des All–Women Bands aux Riot Grrrls (par A. S)

(source : http://www.scumgrrrls.org/article119.html)
Scumgrrrls N° 8 – Automne 2005

Des All–Women Bands aux Riot Grrrls
par A. S

Les femmes musiciennes, compositrices et/ou chanteuses, ont toujours existé. Plus ou moins inconnues, plus ou moins dans l’ombre des hommes, on les découvre à présent de plus en plus, la HERstory culturelle faisant son chemin. Les femmes ont particulièrement marqué les dernières décennies du rock.

Au début du 20ème siècle apparaissent les « All-Women bands » (groupes musicaux constitués exclusivement de femmes, qui chantent et jouent de la musique), qui explosent avec la venue du Rock and Roll. Durant les années 60 il n’est pas rare que des femmes jouent dans des groupes (The Shaggs, par ex.), mais malheureusement elles sont rarement distribuées par des majors et leur existence reste confidentielle. Dans les années 70, de nombreuses féministes musiciennes fondent un mouvement de musique plutôt orienté vers le Folk, elles organisent des concerts, des festivals. C’est la naissance des festivals de musique de femmes et l’époque des Joan Baez et autres chanteuses dites à texte.

En 1976, le premier groupe de Joan Jett (celle qui chantera un peu plus tard le célèbre « I love Rock’n Roll »), « the Runaways », est un succès commercial et met un sacré pied dans la porte. Avec l’apparition du Punk, apparaissent d’autre groupes de femmes, qui rajoutent à leur musique une véritable dimension de performance, tels que les Raincoatees et les Slits. Certains groupes mixtes ont à leur tête des femmes (fini les choristes anonymes au second plan) : Blondie, Rough Trade etc… Plus tard, deux groupes, les Go- Go’s et les Bangles, issus de la scène Punk-Garage Band vont bénéficier d’une reconnaissance commerciale et ainsi ouvrir la porte à tout ce joyeux tumulte de musiques féministo-lesbienne- rock-punk-electro. C’est parti !

L’origine des Riot Grrrls (attention : « rrr » ! , « rr » est une récupération médiatique) vient du punk rock hardcore à tendance féministe. Les Riot Grrrls veulent investir le féminisme et l’intégrer dans la pop-culture. Le mouvement fait son apparition au début des années 90 en réaction aux attitudes machistes du punk. Les groupes qui le composent rassemblent des filles de la révolution féministe des années 70, qui ont appris le féminisme sur les bancs des collèges américains. Quoi de plus naturel pour elles que d’user d’un discours politique et féministe dans leurs chansons ?

Le terme « Riot Grrrls » a été lancé par le groupe Bratmobile en réponse à l’exclamation de Jean Smith de Mecca Normal (un groupe pro-féministe mené par une femme) : « nous devons lancer une révolution de filles ! ». Le groupe Bikini Kill (une des premières productions de Kathleen Hanna, déjà fort prolixe bien avant Le Tigre) en est le plus représentatif. Avec le légendaire cri « Revolution Girl Style Now » (Révolution des filles maintenant !), Bikini Kill et des groupes commes Bratmobile donnent les premières impulsions à ce mouvement qui combat la domination masculine du monde rock et le sexisme en général. Les Riot Grrrls se sont généralement auto-distribuées ou par des réseaux amis, activistes ou indépendants tels que Kill Rock Star ou Mr Lady, deux labels intéressants qui ont poussé des tas de groupes politiques, féministes ou queer. Ce sont des groupes constitués uniquement de femmes qui considèrent que l’accès à la musique doit être ouvert à toutes : il ne s’agit plus d’une affaire de spécialiste, élitiste, de mecs qui ont le savoir. Elles appliquent une philosophie nouvelle : les filles n’ont pas besoin d’apprendre la musique ou de passer par des filières traditionnelles pour fonder des groupes de rock, elles n’ont pas besoin des outils du maître*… si vous voyez ce que je veux dire ?

Les Riot Grrrls abordent des thèmes tels que le viol, les violences quotidiennes, la sexualité, le rapport au corps, le sexisme, mais surtout l’émancipation et « l’empowerment » des femmes, souvent avec humour, toujours avec impertinence. Elles se réapproprient des mots tels que « viol » (rape) , « baiser » (fuck), « con » (cunt), « bite » (dick – comme dans l’extraordinaire chanson de Bionic Finger, « I got a Big Dick »). Elles inventent aussi tout un jeu scénique destiné à provoquer et à interpeller l’homme-blanc-hétéro-moyennormé. Leurs concerts dégagent une électrité énergisante et un sens de la communauté. Surtout elles offrent une image nouvelle des femmes, irrévérencieuses et fortes, et attirent en masse des gamines aux concerts rock, jusque-là majoritairement occupés par des garçons. Les Riot Grrrls préfigurent aussi les mouvements altermondialistes et politiques de la fin des années 90 par leur discours politique et anti-establishment. Simultanément se développent des évènements, tels que le Ladyfest, un festival qui invite ce type de groupe et toutes les productions Riot Grrrls annexes et qui s’organise petit à petit dans toutes les grandes villes américaines, canadiennes et européennes. Le mouvement donne aussi naissance à une énorme production très diversifiée de fanzines et de comics. Un de ses rejetons politiques est certainement aussi le radical cheerleading.

En 2005, les Riot Grrrls ne sont pas mortes et des groupes mythiques du début, tels que Bratmobile, Sleater Kinney, continuent à sortir des disques assez régulièrement. Kathleen Hanna, une des icônes du mouvement, après différents projets de groupe, a fondé Le Tigre qui se taille aujourd’hui un joli succès commercial et a été signé par une grande maison de disques. Mais surtout les Riot Grrrls ont permis l’éclosion de multiples groupes de filles qui, désormais, jouent dans différents registres musicaux, du rock à l’électropop, du R&B au rap.

Mais ce succès commercial nouveau pose question. A présent que des groupes comme Le Tigre et que les Riot Grrrls sont devenus un produit de mode, au point même que des journaux musicaux, peu connus pour leur ouverture aux compositrices femmes, arrivent enfin à parler de Le Tigre, n’est-on pas à deux doigts d’une récupération ? Les petits labels Riot Grrrls ne risquent-ils pas de disparaître ? Plus inquiétant encore, reste-t-il du politique dans les desiderata scéniques d’une Peaches ? La provocation devenue système risque-telle d’engloutir et désamorcer le mouvement ? Déjà, dans les années 90, au plus fort du succès des Spice Girls, on avait assisté à un véritable engouement pour les groupes de filles et à l’apparition de la mode des « girls », dont la cible était surtout des gamines prépubères. Rien de politique làdedans bien sûr, mais au contraire une récupération commerciale. Mais cette récupération commerciale permet parfois de propager les idées dans la culture mainstream. Par exemple, le passage de Le Tigre du côté de l’ennemi (selon certains) en signant chez une major du disque qui se préoccupe plus de son chiffre d’affaires que du message politique de ses artistes a quand même pour conséquence de leur donner une distribution bien plus étendue et de répandre leur message corrosif sur les grandes chaînes de radio et de télé.

En attendant, riotons les magasins de disques et les ambiances de concert trop machos, les soirées sans DJane (et sans playlist féminine), faisons du bruit et peut-être même de la musique et n’oubliez pas : GRRR GRRR GRRR !

*Celèbre citation d’Audrey Lorde.



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