5- Contrôle social des femmes, b) NOS CORPS, NOUES MÊMES, c) APPROPRIATION DES FEMMES

Comment s’habiller ? (1921, Madeleine Pelletier)

Comment s’habiller ? (1921, Madeleine Pelletier)

(source: http://www.marievictoirelouis.net/index.php?id=308&auteurid=251)

Madeleine Pelletier
Comment s’habiller ?
L’Ouvrière, 27/03/1924
22/04/1921

La façon de nos vêtements fait partie de la masse de préjugés que nous transmettent nos parents et le milieu social.

La civilisation capitaliste n’a pas encore reconnu le droit élémentaire de chacune de s’habiller à sa guise. Dans les rues des plus grandes villes, on se sent encore comme en pays ennemi et on s’habille comme tout le monde, afin de passer inaperçu, pour ne pas donner prise à la malveillance, toujours prête à s’exercer.

Le vêtement de la femme reflète son esclavage social. On habille le petit garçon en vue de la commodité : bras et jambes libres ; mais de la petite fille, on vise avant tout à faire une jolie poupée et la frivolité dont on l’imprègne avec les chiffons lui restera la plupart du temps toute sa vie.

Il faut reconnaître cependant qu’un certain progrès a été fait à cet égard depuis quelques années.

Le vêtement de nos mères était plus compliqué et plus incommode que le nôtre ; jupons de dessus, jupons de dessous empesés, robes longues, parfois traînantes : la fameuse « tournure » en crin à l’imitation de la Vénus hottentote. Les maigres corrigeaient la nature en mettant des seins en caoutchouc.

Nous avons laissé tout cela, mais le vêtement féminin n’en est pas moins très compliqué et il comporte, à mon avis, beaucoup de pièces inutiles.

La grande bourgeoise qui a femme de chambre peut sans perdre son, temps, compliquer son vêtement. Mais l’ouvrière, qui doit tout faire par elle-même, devra pour des chiffons, sacrifier l’œuvre autrement importante de son éducation militante.

Corsets, cache-corsets, jupons, combinaisons, tout cela garni de dentelles ; c’est de la couture, du lessivage, du repassage et, quand on travaille déjà du matin au soir à l’usine, à l’atelier, au bureau, quel temps reste t-il pour s’instruire ?

Il faut donc simplifier le vêtement. Pas de corset : il est gênant, souvent dangereux, car il comprime les organes ; si on est obèse ; un simple soutien-gorge avec un costume approprié suffit pour que la silhouette ne soit pas disgracieuse. La suppression du corset entraîne celle du cache – corset ; une pièce de moins à laver et à repasser, étant donné qu’on l’ait achetée toute faite. Pas de jupon, pas de combinaison : vous voyez la simplification.

Mais voulez-vous nous faire geler en hiver ?

Pas le moins du monde. Vous n’aurez pas froid avec une chemise, un pantalon fermé en jersey, un costume tailleur ou une robe, un manteau. On se couvre beaucoup trop,, et ce n’est pas sain du tout car, dès qu’on enlève quelque chose, on prend un rhume. « En avril, n’enlève pas un fil », disaient nos grands-mères. Aphorisme suranné ; ce sont les gens les moins couverts qui risquent le moins de prendre froid.

Les cheveux courts, heureusement, sont de plus en plus à la mode. Je les porte depuis ma jeunesse, et quelles critiques n’ai-je pas subies pour cela. Les gens les plus avancés en apparence ne voulaient pas me permettre cette marque d’affranchissement.
Car les cheveux longs sont une véritable sujétion ; il faut les peigner, travail long et difficile, et toute la journée, il faut veiller à sa coiffure pour demeurer présentable.

Le costume tailleur est toujours à la mode ; c’est la plus pratique, en attendant qu’on ait trouvé mieux. Selon ses moyens, on le fait faire ou on l’achète tout fait. Avec lui, on est toujours correcte et sans qu’il faille y penser de longues heures, ce qui n’est pas le cas d’une robe compliquée, qui fera de vous une caricature, si tout n’y est pas disposé avec goût.

Certaines camarades penseront peut-être que tout cela n’a pas d’importance. Grande erreur, car tout cela, c’est la vie d’esclavage que nos mœurs ont faite à la femme.

Que nous répond-on lors qu’on demande à beaucoup de camarades de venir à une réunion, pour faire pour le parti ou pour sa propre éducation de militante une lecture ou un travail quelconque ? « Je n’ai pas le temps ! »

Et, en effet, les femmes n’ont pas le temps, car le temps, ce sont la plus grande partie, les chiffons qui le prennent.

Une communiste doit supprimer de sa vie toutes les complications inutiles, afin de pouvoir donner plus l’effort à la propagation de son idéal.

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