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Les différentes étapes émotionnelles de la garde-à-vue (par Soutien mutuel face aux violences)

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Les différentes étapes émotionnelles de la garde-à-vue (par Soutien mutuel face aux violences)

Un texte écrit par « Soutien mutuel face aux violences », groupe lyonnais d’entraide militante face aux situations individuelles difficiles suite à une manif ou d’autres violences « hors du commun ». Il aborde la garde-à-vue selon un point de vue rarement exploré, les états émotionnels par lesquels on passe dans cette situation. Il sera complété par une rencontre au Cedrats le 29 octobre à 20h.

Plus précisément nous parlerons ici essentiellement des différents états que l’on peut traverser lorsque l’on vit une garde-à-vue ou simplement un contrôle d’identité. La manière de traiter le sujet ne sera pas juridique comme plusieurs brochures l’ont déjà décrit mais bien du côté de l’individu-e qui traverse une épreuve humaine.

Soutien mutuel face aux violences vous invite à témoigner pour compléter les pistes données, soit directement dans le forum, soit par mail.

contact : soutienmutuel(arobase)riseup.net

(source: http://rebellyon.info/Les-differentes-etapes.html)

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Les différentes étapes émotionnelles de la garde-à-vue

Un texte écrit par « Soutien mutuel face aux violences », groupe lyonnais d’entraide militante face aux situations individuelles difficiles suite à une manif ou d’autres violences « hors du commun ». Il aborde la garde-à-vue selon un point de vue rarement exploré, les états émotionnels par lesquels on passe dans cette situation. Il sera complété par une rencontre au Cedrats le 29 octobre à 20h.

Plus précisément nous parlerons ici essentiellement des différents états que l’on peut traverser lorsque l’on vit une garde-à-vue ou simplement un contrôle d’identité. La manière de traiter le sujet ne sera pas juridique comme plusieurs brochures l’ont déjà décrit mais bien du côté de l’individu-e qui traverse une épreuve humaine.

L’arrestation

Premier temps celui de l’arres­ta­tion. Elle est parfois inattendue et vient alors nous déstabiliser au moment où on s’y attend le moins. Elle peut se faire dans la vio­lence ou d’une manière en apparence plus « soft ». On se sent souvent prise de cours dans ces cas là, face à des personnes qui agissent rapidement et sans nous expliquer les règles. On est alors mise dans une première situation d’infériorité qui va durer.

Concrètement, cela signifie que nous per­dons notre liberté d’aller et de venir à notre guise. A partir du moment de l’arrestation et ce jusqu’à ce qu’on soit libre, tous nos déplacements, l’accès aux toilettes, se reposer, manger, etc… seront dictés par des policiers.

Durant le transfert au poste de police, les policiers vont nous menot­ter et en fonction du type d’arrestation lors d’une manifestation ou seule, les flics peuvent utiliser soit des menottes en métal soit en plastique. Lors du menottage, les flics pour mieux nous dominer, peuvent les serrer très fort…

Rappelez-vous que durant tout le temps où vous serez détenu-e, les flics n’hésiteront pas à vous provoquer, à mentir pour vous humilier, vous rabais­ser, pour vous faire dire n’importe quoi.

Arrivée au poste et interrogatoire

Second temps, l’arrivée au poste. On est mis-e « au frais » dans une cellule et là le temps va alterner entre attente et mise sous pression de la part des poli­ciers. Durant la période d’attente on traverse plu­sieurs états : envie de sortir de là le plus vite possible, crainte d’être seul-e sans que les pro­ches le sachent, sentiment d’insécurité par rapport à ce qui va suivre et au temps qu’on va rester, peur des consé­quen­ces, etc.. Et pour les mineur-e-s, une crainte supplémentaire, la réaction de la famille.

Les flics vont certainement vouloir nous ficher : on va nous faire passer des tests soit d’emprein­tes digi­ta­les, soit d’ADN, soit de photos anthropométriques. De fait, les limites sont floues, sou­vent on ne sait pas si on a le droit de refuser et quel­les en sont les conséquences. On vit une fois de plus des moments d’incertitude et de tension.

Vient ensuite le temps de l’interrogatoire. On res­sent l’envie de se sou­la­ger du « poids » de ce qui nous est repro­ché, de soumettre notre déclaration à la version qu’on attend de nous, malgré notre point de vue. On est mis-e dans une situation de confession. Comme avec les péchés, on nous demande d’avouer nos fautes pour gagner non pas le para­dis mais une sortie rapide.
Le jeu du flic gentil et du flic méchant n’est pas inno­cent. En effet, on a envie de faire chuter la tension en étant docile. En réalité, toutes les cartes du jeu sont aux mains des personnes qui mènent l’interrogatoire. Connaître ses droits par dif­fé­rents guides est dans ces moments une ressource importante pour moins se sentir en ter­rain inconnu et avoir des points de maîtrise dans la situation. Par exemple, savoir qu’on a le droit de ne pas répon­dre à ce qu’on nous présente comme obligatoire peut nous aider.

Plusieurs attitudes sont possibles :

1) ne pas parler du tout, sous la forme de « je n’ai rien à déclarer », et quand ils insistent « j’ai déjà répondu à cette question » ;

2) on invente une version qui nous convient et on s’y tient ;

3) on répond à tout et on coo­père pour, éventuellement, subir le moins de pression possible (à vos risques et périls).

Ces appro­ches se mélangent et se che­vau­chent le plus souvent pour une même per­sonne.

Entre les interrogatoires peuvent se succéder des retours en cage, là se suivent des moments d’attente. On se sent parfois coupable de s’être laissé-e arrêter, on angoisse de ce qui nous est reproché, on s’en veut d’avoir parlé, on se sent perdu-e,…
Enfin on nous annonce soit qu’on va être relâché-e, soit qu’on va aller en garde-à-vue.

La garde-à-vue

En cas de garde-à-vue, on sait qu’on est là pour un temps indé­fini mais qu’il sera de toute façon toujours trop long. On nous signi­fie nos droits et ensuite on a nor­ma­le­ment la pos­sibilité d’appeler un-e proche ainsi que de rencontrer un-e avocat-e et un médecin. Il est fortement conseillé de le faire. Le fait de savoir que des per­son­nes sont au cou­rant de notre situation et vont se mobiliser peut être d’un grand réconfort, en même temps qu’une source de tension pour les mineur-e-s.

Pendant la garde à vue, les limites cessent d’être identifiées. Le temps passé seul-e en cellule sert à nous cuisiner pour la dépo­si­tion qui suivra, à mettre nos nerfs à l’épreuve et ainsi à nous mettre en situa­tion de faiblesse. Cette épreuve peut être accompagnée de nom­breu­ses humiliations gratuites : fouille intégrale avant d’entrer dans la cellule, coups, blagues dégradantes et injures, allusions. Il y a mille et une façons de traumatiser quelqu’une sans laisser de traces visibles… C’est plus un climat d’insécurité, de menaces, d’humiliation qui prévaut.

Ce ne sont pas les policiers qui ont le pouvoir de décider de notre sort selon notre com­portement (parler plus, être docile), contrairement à ce qu’ils affirment. En réalité, notre destin est entre les mains d’un magistrat instructeur qui décide de la longueur de notre garde-à-vue. Par contre c’est nous qui décidons d’accepter ou non la comparution immédiate. Il est fortement conseillé de ne pas accepter la comparution immédiate, pour avoir le temps de préparer son dossier avec un-e avocat-e. Le contraire de ce que conseillent les flics !

Souvent, il y a un nouvel inter­ro­ga­toire qui clôt la garde-à-vue, sous menace (fic­tive) de la pro­lon­ger ou en vous pro­met­tant que vous allez être libéré-e bien­tôt. Il s’agit de ne pas être dupe de ces mani­pu­la­tions et de garder sa langue encore une fois. Viendra peut-être alors réel­le­ment le temps de la sortie. A l’issue de la déten­tion, les poli­ciers savent que nous sommes épuisé-e-s et à bout et que par­fois, on peut-être tenté-e de vou­loir sortir le plus vite pos­si­ble.

Une fois sorti-e

Si on est seul-e, il est impor­tant de ne pas le rester et d’aller voir quelqu’un-e de confiance et prêt-e à nous accueillir. On peut ressentir l’envie de passer à autre chose en se douchant, en changeant de vêtements, etc. Il est important de se faire plaisir en mangeant bien, en se mettant dans un environnement familier ou protecteur. Ne pas hésiter à partager son récit et ses émotions avec une ou des per­son­nes de confiance, à rester avec elles le temps qu’il faudra. Un peu de chaleur humaine fera du bien.
Si on le juge utile (traces de coups, pré­ju­dice moral, état de choc…) il faut aller consulter un médecin, qui pourra nous donner des jours d’ITT.
P.S.

Soutien mutuel face aux violences vous invite à témoigner pour compléter les pistes données, soit directement dans le forum, soit par mail.

contact : soutienmutuel(arobase)riseup.net

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